"Salut les Musclés" : monument télévisuel ou accident industriel des années 90 ?
Après avoir regardé, ou plutôt subi, "Le miel et les abeilles", il était grand temps d'attaquer un autre monument, si ce n'est le plus grand des monuments fictionnels de la télévision française : "Salut les Musclés".
Série française produite par AB Productions, diffusée entre 1989 et 1994 dans l'antre sacrée du Club Dorothée, "Salut les Musclés" fait partie de ces fictions que l'on qualifie de "cultes". Alors, culte pour les bonnes raisons ? Mmm... On va en parler.
Mais avant ça, petit retour dans les années 90. L'époque où nos mercredis après-midi étaient sacrés. Les yeux rivés sur le tube cathodique, nous vivions nos meilleures vies devant des dessins animés devenus cultes pour toute une génération dorénavant : "Dragon Ball", "Les Chevaliers du Zodiaque", "Ken le survivant", "Le Collège fou fou fou", "Jeanne et Serge", "Juliette je t'aime", "Ranma 1/2", "Sailor Moon" et j'en passe, tellement la liste est longue.
Franchement, entre violence outrancière, amours contrariées, cris suraigus et explosions, on était plutôt bien.
Au milieu de ce chaos, Dorothée et sa bande meublaient la grille avec des rubriques parfois improbables pour un jeune public : horoscope, dessin, jeux vidéo, astronomie, animaux... Personnellement, j'avais un faible pour les séquences animalières du Dr Klein. Oui, j'étais cet enfant-là. Et toi ? Dis-moi en commentaire si tu te rappelles de ces thématiques et ce que tu préférais. Parce qu'on est aussi là pour se soutenir et pour exhumer des traumatismes communs.
Et puis un jour, au milieu des Kamehameha et des histoires de cœur de Lucille, les séries estampillées AB Productions ont commencé à coloniser l'antenne. Ces séries, tu les connais forcément avec leurs décors recyclés, leurs rires enregistrés plus bruyants que des fans de K-pop et leurs intrigues tenant sur un post-it. Il y avait "Les Filles d'à côté", "Premiers Baisers", ou encore "Le miel et les abeilles", que nous avons déjà disséqué avec amour et mauvaise foi. Pour les deux premières citées, je ne manquerai pas de les revoir pour ton plus grand plaisir et surtout le mien...
Car oui, il y a des gens qui aiment se faire écraser le scrotum à grand coup de talons aiguilles, et d'autres qui préfèrent regarder des séries de merde. Moi, j'ai choisi mon camp et je peux te dire qu'il implique des personnages de "Hélène et les garçons" et des boots New Rock cloutées.
Marie-Constance : "Vous continuez dans vos déviances perverses et abjectes. Notre Père qui es aux cieux, accepte cette âme perdue et permets lui de trouver la rédemption..."
Marie-Constance, si le Très-Haut peut déjà m'aider à trouver le premier épisode de "L'Agence tous risques", ce serait un bon début, car j'aimerais bien le faire revivre à nos lectrices et lecteurs.
Bon, revenons à nos moutons.
Soyons honnêtes : est-ce qu'on allumait le Club Dorothée pour la qualité d'écriture plus que douteuse des sitcoms AB ? Je ne pense pas !
Pourtant, nous étions bien contraints d'attendre nos dessins animés fétiches. Alors nous subissions... ou peut-être aimions-nous regarder ces séries, mais c'était inavouable à l'époque. Peut-être que la plastique des personnages était ce qui nous attirait, qu'en penses-tu ?
Attention, je ne parle pas des types moustachus bien charpentés à la Éric. Quoiqu'un cassoulet partagé dans ses bras musclés devant un feu de cheminée, ça se discute !
Mais soyons sérieux deux secondes (ça ne durera pas, promis !). Ces séries regorgeaient de belles jeunes femmes, et ce n'est un secret pour personne que les gamins, ados déjà pour certains, avaient alors les hormones en ébullition.
Oui, nous voulions voir Goku se transformer en Super Saiyan.
Non, nous n'étions pas passionnés par les intrigues des Musclés.
Mais oui, nous restions quand même pour suivre les frasques de ces trentenaires/quadras en recherche d'amour.
Voilà, ça y est, nous y sommes. Nos Musclés sont enfin là. Je sais, j'ai pris mon temps. Mais les préliminaires sont très importants, il faut savoir faire languir son auditoire avant d'attaquer le vif du sujet...
Alors, pour les plus jeunes : qui sont les Musclés ?
Eh bien ce sont 5 mecs très musclés qui aiment la bagarre, font de la musculation du matin au soir, et traitent les femmes comme des objets…
Jean-Félicien : "C'est vrai ?"
Pas du tout Jean-Félicien. Là je viens de te résumer le profil type d'un mec en manque d'estime de soi, d'assurance, d'amour et d'une bonne partie de son cerveau : ouais un masculiniste quoi ! On dénonce ici !
Les Musclés, à la base, sont un vrai groupe de musique. Une formation pop créée pour accompagner Dorothée. La série met donc en scène Framboisier, Éric, René, Minet et Rémy, cinq copains musiciens vivant en colocation et confrontés à des situations rocambolesques, amoureuses ou absurdes.
Un pitch plutôt efficace qui, sur le papier, peut fonctionner. Perso, tu me proposes une histoire avec 5 gus qui jouent du brutal death métal à la Benighted et que tu suis pendant leur tournée, je signe de suite.
Mais ici, on n'est pas vraiment dans le même courant musical et les aventures s'annoncent de suite moins rock'n roll avec une sérieuse lacune en double pédale et blast beat.
Quoiqu'il en soit, la série a connu son petit succès entre 1989 et 1994. Avec 5 saisons pour un total de 264 épisodes... 264 tu as bien lu ! À raison de 26 minutes par épisode, ça représente environ 114 heures de contenu, soit presque cinq jours de visionnage non-stop : l'horreur.
Malgré tout, "Salut les Musclés" a marqué le paysage télévisuel français. Pas pour son audace narrative, pas pour sa mise en scène révolutionnaire, mais parce qu'elle représente une époque : celle où la télévision jeunesse mélangeait animation japonaise et sitcom bricolée avec les moyens du bord.
Aujourd'hui, plus de trois décennies après l'arrêt de la série, la question est simple :
- Est-ce que "Salut les Musclés" mérite d'être revue ?
- Est-ce que le premier épisode, intitulé "La bricoleuse", pose les bases d'une comédie efficace ?
- Ou est-ce que nous allons assister à un festival de rires enregistrés et de quiproquos écrits avec le cul ?
Je te propose de m'accompagner dans cette redécouverte. On va décortiquer, analyser, critiquer et probablement souffrir ensemble. Direction l'épisode 1 : "La bricoleuse". C'est parti !
À la découverte du premier épisode de "Salut les musclés"
L'épisode s'ouvre sur un générique qui semble avoir été gracieusement réalisé par le stagiaire de troisième du collège du coin, avec le premier PowerPoint qui tournait sous Windows 3.0. Ouais les dates ne coïncident pas totalement, mais tu vois très bien l'idée : c'est moche, c'est basique, ça enchaîne les photos en mode diaporama, les couleurs sont criardes, bref ce qui se faisait de mieux à cette époque.
AB Productions ne s'embarrasse pas de sophistication. On est là pour identifier les visages, montrer quelques scènes cocasses ou pas, afficher les permanentes et lancer la machine. Le générique n'introduit pas une histoire, il ne fait que vendre un produit, celui des Musclés.
Et puis il y a la chanson, le fameux thème culte de "Salut les musclés". Alors on n'est pas au niveau d'un culte à la Bowie, Queen, The Doors, Hendrix et tant d'autres, mais force est de constater que ce son a marqué toute une génération. On est proche d'un jingle survitaminé, conçu pour empêcher un enfant de zapper pendant la pause goûter, et ça fait le job. Et c'est ça le piège : tu te moques, tout en la fredonnant. Ils nous ont bien eu les cons !
Mais soyons réalistes, comparée aux grands artistes cités précédemment, cette musique n'ira pas au-delà de la génération Club Dorothée. On écoutera encore Bowie dans 100 ans. Les musclés, j'en doute fort !
Générique terminé. On sait à présent dans quoi on met les pieds. Oui, ça va être kitsch et déplaisant, mais allons-y ! Après tout on est là pour ça !
Après ce générique d'anthologie, l'épisode démarre enfin. Nous retrouvons, quatre de nos acolytes : Framboisier, Rémy, René et Éric. Ils sont réunis dans l'appartement, décor principal de la série et probablement unique budget mobilier d'AB Productions pour l'année 1989, dans une première scène qui semble interminable.
Mais, en quelques minutes, tout est clair. On comprend exactement dans quoi on met les pieds.
Oui. Voilà. t'as tout compris, là-dedans.
On est très loin d'une sitcom américaine. Ici, c'est du 100 % produit français fait avec les moyens du bord : décor cheap, clic-clac fatigué, murs en carton, scénario écrit par les rédacteurs de T'choupi magasine et un jeu d'acteurs qui oscille entre enthousiasme forcé et roue libre totale.
Alors attention, je n'ai rien contre les productions fauchées quand elles respirent la passion. Mais ici, ça sent surtout la cadence industrielle, en mode "on produit vite, on remplit la grille du Club Dorothée."
Pourtant, cette première scène tente des choses. Nos quatre gaillards multiplient les entrées et sorties de l'appartement pour récupérer des affaires oubliées avant d'aller au cinéma. Ça rentre, ça sort... On frôle le vaudeville, mais le vaudeville du pauvre. Sur le papier, pourquoi pas. Dans les faits, ça s'étire un peu... beaucoup !
Finalement, Éric, René et Rémy partent au cinéma, laissant Framboisier, et ce pour son plus grand plaisir car il n'attend qu'une chose : être seul.
Jean-Clément : "J'en suis sûr qu'il va se mater un bon porno. Chez nous, on fait ça en famille, pas besoin de mettre les autres à la porte."
Ok Jean-Clément, décidément il est temps que tu comprennes que tu peux garder pour toi tes mœurs si particulières. Tu sais, il est bon parfois d'avoir son petit jardin secret.
Donc, non, Framboisier n'a pas une soudaine envie de se pignoler (ce terme est affreux). Nous sommes devant une sitcom familiale. On reste soft. Il veut simplement... téléphoner à une certaine Françoise.
Tu crois qu'il appelle le Kremlin ?
Car Framboisier est présenté dès cette première scène comme le romantique du groupe. Il attendait le départ de ses colocataires pour inviter cette mystérieuse femme sans avoir à la présenter aux autres. On pose donc le premier enjeu de l'épisode : Framboisier va-t-il réussir à garder Françoise secrète ? Le suspense est insoutenable...
À présent, tout est en place : un secret, des colocataires envahissants, un appartement unique et un quiproquo qui ne demande qu'à éclore. La suite approche et quelque chose me dit que la tranquillité de Framboisier ne va pas durer très longtemps.
La scène suivante nous montre un Framboisier surexcité à l'idée de recevoir sa nouvelle conquête. Il virevolte dans l'appartement, prépare un goûter avec petits gâteaux et café. Oui, chez "Salut les Musclés", on séduit à l'ancienne : pas de champagne, pas de dîner aux chandelles, juste du café et des biscuits. La classe britannique, en mode gentlemen du pauvre !
On découvre également que la plomberie et Framboisier, ça fait deux !
Une fuite apparaît dans un tuyau de la cuisine. Réaction immédiate du mec : il colmate tout ça avec un chewing-gum. Oui, un putain de chewing-gum. Le colocataire de l'année. Le genre de type qui te dit "t'inquiète, je gère" juste avant que le plafond ne s'effondre. Ce détail, aussi absurde soit-il, pose quelque chose d'important : la série fonctionne sur une logique de gag immédiat. Un humour, qui bien employé peut faire mouche. Ici, pas du tout !
Mais le karma veille. Alors qu'il savoure son futur moment romantique, Framboisier découvre que Minet est resté à l'appartement. Et Minet, chez lui, c'est tee-shirt / slip sur le canapé, en train de manger les douceurs que son pote avait préparées pour la Françoise.
Décontracté du gland le Minet
C'est alors que Framboisier panique. Son plan tombe à l'eau (comme sa cuisine, tiens). Mais il a une idée... de merde tu vas voir. Il retire son chewing-gum de fortune et demande à Minet de mettre son doigt sur la fuite. Problème temporairement réglé avec un Minet qui devient un bouchon humain.
Sauf que rebondissement. Tiens-toi bien car de retour au salon, Framboisier découvre que René est lui aussi revenu et a commencé à taper dans les gâteaux. Ni une ni deux, Framboisier retourne dans la cuisine, prend un marteau et un tournevis et perce un nouveau trou dans le tuyau. Oui, tu as bien lu. Le mec crée volontairement une deuxième fuite. Il appelle alors René pour qu'il vienne, lui aussi, poser son doigt sur le tuyau.
Pour résumer, on se retrouve donc avec deux colocataires coincés dans la cuisine, chacun avec un doigt dans un trou. Alors là, évidemment, on est à deux doigts, sans mauvais jeu de mots, de se dire que "Salut les Musclés" n’était pas une série AB Productions, mais plutôt Marc Dorcel Productions.
Retour en cuisine. Minet et René sont toujours coincés, chacun avec un doigt planté dans un tuyau. Deux possibilités : soit ce sont des amis d'une loyauté absolue, soit ce sont deux bons gros cons. J'ai fait mon choix !
Pendant ce temps, Framboisier savoure son salon enfin libéré. Enfin... presque. Car voilà qu'Éric revient à son tour.
Nouveau plan, nouveau sabotage, Framboisier décide d'aller casser quelque chose à l'étage pour l'occuper. Oui, on en est là, saboter son propre appartement pour préserver un rendez-vous galant. Je ne sais pas qui est cette Françoise, mais elle doit valoir très cher au mètre carré vu l'investissement immobilier.
Évidemment, comme toute bonne mécanique répétitive, Rémy, le dernier de la troupe, fait lui aussi son retour. C'était sûr, on l'attendait presque comme un jumpscare dans un film d'horreur un peu trop prévisible.
Prenant toujours ces potes pour des abrutis, Framboisier fait un troisième trou dans la tuyauterie. À ce stade, on peut parler d'attaque terroriste sur le réseau hydraulique de la cuisine des Musclés.
Et là, bouquet final : Minet réussit l'exploit de se coincer le doigt dans le robinet.
On atteint un tel niveau de débilité que ça en devient fascinant. J'ai l'impression d'être un anthropologue en train d'observer et d'analyser une peuplade de débiles profonds.
Tout à coup, la sonnette retentit. Françoise est là. Framboisier se précipite, remet la table basse en place, respire un grand coup et ouvre. Alors... comment dire ? Françoise est plutôt normale, pas banale non plus, mais ni un mannequin, ni une bombe atomique.

Françoise qui explique à Framboisier que ses copains sont des abrutis finis et que lui aussi très probablement !
Se pose alors plusieurs questions :
- Pourquoi tout ce cirque ?
- Pourquoi la cacher ?
- Pourquoi transformer l'appartement en chantier naval ?
J'espère qu'on aura l'explication par la suite, parce qu'à part trouver une excuse pour créer un semblant de scénario à l'épisode, je ne vois pas l'intérêt.
Framboisier enchaîne alors les mensonges improbables. Il lui parle d'un bébé présent dans l'appartement, ce qui expliquerait qu'il faille chuchoter.
Françoise n'en a rien à carrer car dès qu'elle aperçoit les gâteaux, elle fonce s'installer sur le canapé et commence à se servir. La meuf sans gêne qui dans deux secondes va aller poser sa pêche quand elle aura appris que son hôte a nettoyé les toilettes.
Malgré tous les subterfuges de Framboisier, elle décide de rester. Et quand elle apprend qu'il y a une fuite d'eau dans la cuisine, place au twist de dingue. Françoise révèle sa passion : le bricolage.
Et là, on comprend que le titre de l'épisode, "La bricoleuse", n'était pas une menace en l'air. Framboisier vient peut-être d'inviter Bob le Bricoleur version talon aiguille chez lui.
Scène suivante, Framboisier est contraint d'aller chercher la caisse à outils de Françoise dans sa voiture.
Pendant ce temps, dans la cuisine, alors que Minet, René et Rémy tiennent toujours leurs postes respectifs, à savoir un doigt dans chaque fuite, Françoise les découvre en pleine séance de plomberie humaine. Réaction immédiate des trois zigotos : des sifflements.
Il faut croire que dans l'univers de "Salut les Musclés", la psychologie masculine tient en une phrase simple : Homme voir jolie femme, homme siffler !
Ah, les bons gros beaufs ! On sent l'écriture qui date d'une époque où ce genre de réaction était présenté comme charmant, voire naturel. À l’époque, elle déclenchait un rire enregistré. Aujourd'hui, la scène ferait lever quelques sourcils.
Et Françoise, ne semble pas être déstabilisée. Elle est même parfaitement à l'aise. Elle discute, observe, analyse la situation. Ou alors elle a très vite compris que ces trois-là ne brillent pas par leur QI.
De retour à son appartement, Framboisier explique à ses camarades que Françoise est son "date" du jour. Parce qu'apparemment ils n'étaient pas assez malins pour se rendre compte qu'un plombier en talons et petite robe ça n'existe pas dans la vraie vie, ou alors si, mais chez Marc Dorcel. Décidément, je commence à me poser des questions sur l'intention des scénaristes.
Et là, Framboisier marque son territoire. Il leur demande de ne pas trop s'approcher d'elle. Donc en résumé, il vit en colocation avec quatre types qu'il considère suffisamment suspects pour leur interdire de s'approcher à moins d'un mètre cinquante d'une femme qu'il convoite. On sent la confiance absolue entre amis.
En attendant, je comprends mieux pourquoi il voulait la cacher. Il a tout simplement peur que ses potes viennent lui sentir le derrière.
Marie-Constance: "Mais qu’avez-vous enfin avec ces histoires de sentir le derrière ? Ça devient obsessionnel !"
Je ne sais pas Marie-Constance. Peut-être un traumatisme lié à un ancien visionnage de "Supercopter". Ça laisse des traces.
Bon quoiqu'il en soit, pour que Framboisier agisse de la sorte, c'est qu'il y a un antécédent. Les autres doivent avoir un CV chargé en matière de reluquage et je pense que la petite Françoise a des soucis à se faire. Allons voir ça de plus près...
À présent, place au bricolage.
Le titre de l'épisode, "La bricoleuse", n'était pas mensonger. Françoise sait manier les outils. Pourtant, pas très réaliste tout ça. Une femme qui s'y connaît en plomberie, sérieusement ? Allons bon !
Après cette blague misogyne plus que moyenne, poursuivons !
Pour le coup, Françoise s'en sort plutôt bien, en tout cas bien mieux que les autres décérébrés. Elle prend les commandes, distribue les rôles, coordonne les opérations. Elle a plus d'autorité et de charisme en trente secondes que les cinq Musclés réunis depuis le début de l'épisode.
Mais évidemment, rien ne se passe normalement. René et Éric réussissent l'exploit de souder une pince au tuyau. Je ne sais pas comment ils se sont débrouillé, mais ils ont réussi, Bravo !
Pendant ce temps, Minet profite de la proximité pour la tripoter alors qu'elle scie le robinet auquel il est toujours accroché. Le bon gros pervers.
En résumé, on a donc :
- une femme compétente ;
- quatre hommes adultes incapables ;
- une plomberie massacrée ;
- et un humour plus que moyen.
Ce qui nous donne une belle équipe de bras cassés si tu veux mon avis.
Quelques heures plus tard, miracle : les travaux sont terminés. Framboisier se dit que le moment est enfin venu d'emmener sa Belle dîner. Mais oui, l'espoir renaît, l'amour triomphe, la plomberie est vaincue !
Erreur de débutant ma petite Framboise, tes "copains" (à ce stade, c'est à se demander s'ils le sont encore) complotent dans ton dos et te la font à l'envers. Ils la jouent novices paniqués et insinuent qu'il reste encore plein de travaux à faire : une fissure au mur, le compteur électrique qui fait des siennes, un meuble bancal... bande de bâtards !
Résultat : Françoise, trop gentille pour abandonner ces grands enfants, propose de rester pour les aider.
Et là, je commence à avoir de la peine pour Framboisier. Ses propres potes jouent aux mouches à merde autour de sa copine. Une analogie certes pas très flatteuse pour Françoise, mais tu vois l'idée.
Et pour tout te dire, à ce stade de l'épisode, je sens poindre un phénomène bien connu des fidèles de La Crypte : le curseur de l'échelle d’emmerdement commence à taquiner le plafond :

On n'est pas encore dans la stratosphère du supplice audiovisuel, mais on flirte dangereusement avec la zone rouge :
- Les gags s'étirent et ne me font pas rire.
- Les situations se répètent inlassablement.
- Les personnages deviennent de plus en plus antipathiques.
Et moi, je commence à regarder ma montre en me demandant combien de temps il reste avant la délivrance. Je te rassure, le bout n'est plus très loin.
Donc enchainons vite car je n'en peux plus. Malheureusement, la série a décidé de poursuivre dans sa connerie. Et là, c'est le festival des demeurés :
- Rémy visse à l'envers. Tu peux tout à fait être mauvais en bricolage, mais à 35 ans, on sait quand même dans quel sens il faut visser.
- René et Minet, eux, réussissent l'exploit de clouer une étagère... au sol. Là, on est sur de la haute voltige en matière de débile profond.
- Éric découvre qu'un couteau à enduire ne fonctionne pas comme un couteau à viande.
- La palme revenant à Framboisier qui trouve le moyen de se coincer dans le canapé-lit.
On n'est plus dans une sitcom. On est dans une démonstration pédagogique sur l'échec de l'évolution humaine.
Et évidemment, chaque intervention de Françoise donne lieu au même ballet : des mains qui traînent, des corps qui se rapprochent un peu trop, des regards appuyés gênants. Putain les mecs, vous êtes de bons gros pervers bien dégueulasses.
Et puis arrive l'apothéose. On ne sait pas comment et surtout pourquoi, Françoise tombe dans le canapé-lit avec Framboisier. J'en viens même à penser que la physique elle-même refuse de croire à ce qu'il vient de se passer. Pour notre plus grand plaisir, on a droit à une explosion de rires enregistrés. Pourquoi ? Parce que c'est drôle bordel. N'est-ce pas que c'est drôle ? Hein ? Oui c'est rigolo, on se marre, ah ah, je ris… aaahhhh !
Je n'en peux plus de ces séries de merde. Finissons-en !
Après la démonstration de la bêtise humaine, Françoise reprend tout en main. Allongée sur le canapé, position stratégique, je dirais même posture de Générale en fin de bataille, elle distribue les ordres aux cinq gaillards. Et pour une fois, c'est un juste retour des choses. Les Musclés exécutent, obéissent, transpirent et réfléchissent (un peu).
La dynamique s'inverse enfin. Celle qu'on a réduite à un prétexte romantico-bricolo devient le seul cerveau opérationnel de l'appartement. La série essayerait-elle de nous dire quelque chose ? Y aurait-il un message progressiste camouflé sous trois couches de rires enregistrés ? Personnellement, je penche pour l'accident scénaristique. Mais au moins, pendant deux minutes, l'univers de "Salut les Musclés" retrouve un semblant de finesse.
L'épisode se termine une fois les travaux terminés. Framboisier et Françoise s'apprêtent enfin à aller manger. Ils ferment la porte et patatras, la porte tombe. Putain, ils ont osé !
Françoise, stoïque, propose immédiatement de réparer tout ça. Framboisier, lui, comprend qu'il ne mangera jamais ce soir et que soyons clairs, il peut se la mettre derrière l’oreille. Le tout est alimenté par des rires enregistrés tonitruants, comme s'il s’agissait de la série la plus drôle au monde.
Et moi ?Je déroule la corde. Je la passe au-dessus de la poutre de mon garage. Je teste la solidité... La poutre cède... Noooon... FRANÇOISE, j'ai besoin d'aide !
Alors, ça valait le coup de revoir le premier épisode de "Salut les Musclés" ?
Après "Pour être libre", la série des 2Be3, je ne pensais sincèrement pas pouvoir tomber plus bas. C'était sûrement naïf de ma part. Car voilà "Salut les Musclés" est arrivée. Une fiction qui réussit l'exploit d'emmener le concept même de sitcom au tréfonds des abysses. Là où l'écriture scénaristique n'existe plus, le talent des comédiens est englouti dans la vase et où la mort rôde.
Les aspects positifs de cet épisode
D'habitude, en cherchant bien, en me forçant un peu, je parviens toujours à te dégoter un ou deux éléments positifs : un détail, une réplique, un truc sympa. Mais là, rien, le néant. Cette série est l'encéphalogramme plat de la création télévisuelle. Même en trichant, je ne peux pas inventer une qualité qui n'existe pas.
Les aspects négatifs de cet épisode
Attends je vais chercher ma combinaison d'égoutier, parce que là, je vais t'en remonter de la merde :
- Le jeu d’acteurs est catastrophique. Je veux bien croire qu'ils surjouent volontairement, qu'ils en font des caisses, mais à force, ça en devient gênant. On a l'impression de voir des gamins de 8 ans coincés dans des corps de quadragénaires (et non pas l’inverse !).
- L'intrigue est nulle à chier. Il n'y a pas d’autres mots. C'est vide, on se fait chier ! L'épisode tient sur un post-it et encore, écrit au poska.
- Le sous-texte est profondément malaisant. Cinq gars "mignons" qui jouent les bêtas devant la seule femme de l'épisode, sauf qu'ils la collent comme des chiens en rut sur la jambe de leur maître. Oui, c'était une autre époque, mais à plusieurs moments, on a davantage l'impression d'assister aux prémices d'un très mauvais film érotique qu'à une sitcom familiale.
- Le décor : oui, même le décor mérite sa pelletée. Tout sonne faux. Tout est en carton. Pour un épisode centré sur des travaux, c'est presque ironique : ils effleurent un mur et il menace de se plier comme un décor de kermesse.
- Et surtout, où est la musique des Musclés. Où est la Merguez Party ?
Pour conclure, tu l'auras compris, je ne recommande absolument pas de voir ou revoir le premier épisode de "Salut les Musclés". À l'éternelle question : vais-je poursuivre le visionnage ?Je préfère me faire fesser à coups de poêle à frire pendant un mois entier que de replonger dans l'univers de cette bande de troufions. Est-ce que c'est clair ?
Je te donne rendez-vous prochainement pour un nouvel article. D'ici là, profite de la vie, méfie-toi des types avec un prénom d'arbuste ils te font mettre tes doigts dans n'importe quel trou, et bisous.