Classe mannequin : fantasme adolescent ou naufrage télévisuel ?
"Classe mannequin" est une série télévisée française diffusée au début des années 90 sur M6. Pour les amateurs de chiffres, car je sais qu'en plus des nerds pointilleux des séries télévisées, il y a aussi des obsessionnels du tableur Excel parmi vous, la série compte une seule saison, diffusée entre 1993 et 1994.
Alors non, on n'est pas au niveau de la saison unique à la "Manimal" avec ses 8 petits épisodes qui tiennent dans un week-end pluvieux (double pénitence : pluie et "Manimal" !). Ici, "Classe mannequin" ce sont pas moins de 120 épisodes. Oui, tu as bien entendu, 120 putains d'épisodes. On ne va pas se mentir, c'est beaucoup... vraiment beaucoup. Et à raison de 26 minutes chacun, ça nous fait un total de 3120 minutes, soit 52 heures de programme. Autrement dit : 2 jours et quelques broutilles d'heures de ta vie à regarder des gens faire semblant d'être beaux (bon ils le sont tout de même !) et intéressants (on ne peut pas tout avoir dans la vie !).
Hein qu'ils sont beaux et qu'elles sont belles ? Je ne t'avais pas menti !
Il faut soit un courage admirable pour se lancer dans une telle aventure, soit avoir beaucoup de temps à perdre... soit être un bon gros pervers qui veut reluquer le derrière de la belle Vanessa pendant plus de 2 journées d'affilée. Pourquoi tu me regardes ?
Parce qu'on ne va pas se mentir. Si "Classe mannequin" existe encore dans un coin de ton cerveau, ce n'est pas pour ses intrigues ciselées ou ses dialogues dignes de Molière. Non, c'est évidemment pour Vanessa Demouy. À l'époque, elle incarnait un fantasme national à elle seule. Et pour beaucoup d'ados des années 90, moi le premier, elle représentait un trouble érectile hormonal difficilement explicable à ses parents.
Mais ne t'emballe pas petit fanfaron en chaleur car je ne suis pas à ce point désespéré pour m'infliger les 120 épisodes d'une série dont le scénario est aussi creux que le programme du Rassemblement National. Donc, avant de se lancer corps et âme dans ce très tentant visionnage, je pense qu'il est nécessaire de savoir raison garder et de tout d'abord de se replonger dans le premier épisode de "Classe mannequin".
Parce que oui, la vraie question est là : est-ce que "Classe mannequin" mérite vraiment d'être déterrée ? Est-ce que ce souvenir un peu flou, entre fantasme et visionnage non assumé, résiste à l'épreuve du temps ? Et sans trop m'avancer, je peux d'ores et déjà te dire que tes souvenirs d'enfance, ne mérite pas d'être souillés à ce point.
Et c'est là que j'interviens. Ce sacrifice n'est pas le tien. C'est le mien. Laisse-moi endosser ce calvaire et replonger dans cette relique télévisuelle, quitte à salir mes souvenirs d'adolescent. Laisse-moi encaisser pour toi les dialogues douteux et les intrigues creuses. Tout ça pour répondre à une seule question : est-ce que ça vaut encore le coup ? Est-ce qu'il faut vraiment déterrer ces vieilles séries qui, a une certaine époque de nos vies, ont eu un impact ? Méritent-elles qu'on replonge dans leur univers ?
Pour certaines d'entre elles, la réponse est évidemment oui. Ces séries traversent les décennies sans prendre une ride. Je pense à "Les Soprano", "Twin Peaks", "Breaking Bad", "That 70s Show", "Six Feet Under", "The Office", "Oz", "Deadwood", "Dark", "Buffy contre les vampires", "Le Prisonnier", etc. et bien que les goûts et les couleurs soient très personnels, on ne peut que s'accorder sur le fait que ces séries font partie des plus grandes.
Et puis il y a les autres. Eh bien, elles peuvent t'avoir marqué dans ton enfance, ton adolescence ou durant une quelconque étape de ta vie, mais ont-elles cette même qualité ? Ont-elles cette même force narrative ? Peut-être que oui, mais surtout, après plusieurs années, auront-elles ce même pouvoir sur toi ?
Alors, pour "Classe mannequin", disons-le franchement, laisse moi en douter.
Elle est l'exemple parfait de séries marquées par leur époque. Elle prend ses bases durant les sombres années de la télévision française. Ce temps où la course aux productions télévisuelles ineptes était en marche. Les chaînes de télévision nous prenaient alors pour des crétins et nous offraient ce qu'il y a de plus infâme en matière d'écriture scénaristique. AB productions avait déjà ouvert la voie avec des séries comme "Hélène et les garçons", "Premiers baisers", "Salut les Musclés" et tant d'autres. Des séries où l'écriture semblait être une option facultative. Du coup, chez M6, on s'est dit qu'il n'y avait aucune raison de laisser TF1 monopoliser le marché de la fiction approximative. Et c'est probablement à ce moment-là qu'une réunion a eu lieu. Tiens, remontons le temps et imaginons en 1992, 1 an avant le lancement de la série, ce qui a bien pu se dire autour de la table :
Jean-Roland : "Bordel, TF1 se gave avec ses séries de merde pour public attardé. Il serait peut-être temps de proposer notre propre bouse télévisuelle. Jean-Patrick trouve moi une idée."
Jean-Patrick : "Je ne sais pas, tu ne crois pas que les gens en ont marre qu'on leur propose des fictions abrutissantes ? On pourrait tenter quelque chose avec un concept plus ambitieux ? Quelque chose de plus réfléchi, avec du mystère. À ce sujet, je ne voulais pas encore t'en parler, mais j'ai une idée de scénario."
Jean-Roland : "Vas-y envoies !"
Jean-Patrick : "Ok. Alors, l'histoire est centrée sur un groupe de rescapés sur une île après le crash d'un avion. Et sur cette même île, ils découvrent rapidement qu'il y a des mystères…"
Jean-Roland : "Et sur ton île, il y aura des femmes ?"
Jean-Patrick : "Euh… oui bien sûr…"
Jean-Roland : "De très belles femmes ?"
Jean-Patrick : "Euh… oui si tu veux. Et alors au fil des épisodes on apprendra qu'il y a d'autres gens sur l'île et même des phénomènes étranges avec une sorte de fumée noire, un ours polaire et surtout…"
Jean-Roland : "Des mannequins… oui… voilà pas de simples jolies femmes… non, non, des mannequins. Des pures bombasses. C'est bon j'ai le concept ! On va faire une série sur une école de mannequin avec des bonasses. Voilà, c'est le jackpot !"
Et c'est ainsi que M6 passa à côté de la création d'une série culte comme "Lost" et nous pondit "Classe mannequin". Comme quoi, l'histoire de la télévision tient parfois à très peu de choses. Mais le travail de Jean-Patrick n'était pas vain car quelques années plus tard, un spin-off de "Classe mannequin" vit le jour...
Ah oui... quel lien avec "Lost" me diras-tu ? Aucun, mais ça se passe sur une île !
Bon après tout ça, il est temps d'avancer. Mais avant d'aller dans le vif du sujet, à savoir revoir le premier épisode de la série, quelques mots rapide sur "Classe mannequin".
La série suit le quotidien d'une classe d'apprentis mannequins : hommes et femmes. Le pitch ne va pas chercher plus loin. On se retrouvera certainement devant des aventures incroyables, des histoires d'amour à faire flancher le coeur du plus macho des hommes, de l'amitié et surtout ne nous mentons pas, des scènes avec de superbes tenues pour faire rêver les jeunes filles et fantasmer les jeunes garçons de l'époque.
Dans les faits marquants autour de la série, on peut bien sûr mentionner son casting. En effet, elle a propulsé sur le devant de la scène trois noms :
- Vanessa Demouy (Linda) : alors âgée de 20 ans, elle devient une véritable icône. Les femmes la jalouse et les hommes la fantasme. Pour ne rien te cacher, elle est à l'origine de cet article tellement elle a fait chavirer mon petit cœur d'adolescent.
- Anne-Charlotte Pontabry (Victoire), qui apporte une touche plus sage... en théorie. Qui elle aussi a rendu quelques ados fous.
- Laurent Lafitte (Juan), dont la présence aujourd'hui a un petit goût de "mais qu'est-ce que tu faisais là, mec ?". Et est-il nécessaire de présenter le comédien qui depuis a eu une belle carrière cinématographique.
La série donnera même naissance à des dérivés : "Caraïbes" et "Aventures Caraïbes". Ne connaissant pas la seconde, je ne pourrai donner mon avis que sur la première. Il s'agit de 4 épisodes à l'intrigue peu palpitante, mais qui change le cadre de la série originelle. On sort de la sitcom à la française pour aller vers un format téléfilm. Le ton y est moins léger, plus adulte. La série m'avait marqué car il y a quelques scènes olés-olés avec Vanessa et ce n'était pas pour déplaire l'ado aux hormones en effervescence que j'étais. Et c'était déjà pas mal !
Bref. Assez parlé. Il est temps d'entrer dans le vif du sujet.
Je ne sais pas toi, mais pour ma part, je trépigne de revoir Vanessa Demouy. Mon fantasme de mes 13 ans est enfin là, tout prêt, à un clic de télécommande.
Alors prépare-toi. Ajuste ta plus belle tenue des années 90, mets un peu de gel dans tes cheveux, et prends ma main car nous avons rencard avec des top modèles et donc le tout premier épisode de "Classe mannequin".
À la découverte du premier épisode de "Classe mannequin"
L'épisode débute par le générique. Et là, instantanément, tu sais que tu viens de remonter dans le temps. Pas dans une époque bénie de créativité et d'audace, hein ? Plutôt dans cette période des années 90 où les génériques étaient montés avec trois plans, deux fondus enchaînés et une foi inébranlable du devoir bien fait.
À l'instar de ce qu'on a déjà vu avec "Highlander", "Salut les Musclés" ou "Sous le Soleil", on sait pertinemment que ce n'est pas le poste qui a le plus grevé le budget. Résultat : une succession d'images issues de la série, balancées sans réelle cohérence, dont le seul objectif est de te dire : "Regarde comme ils sont beaux".
Et puis il y a la musique. Ah... la musique. Une mélodie mièvre, entêtante, qui s'incruste dans ton cerveau comme une publicité pour du dentifrice :
"L'ami des dents, c'est Triple Dent."
Le genre de chanson qui te donne envie de sourire, puis de pleurer, puis de te demander pourquoi tu es encore là.
Pour l'anecdote, le chanson, intitulée "Essaye d'imaginer", est interprétée par les 3 actrices principales de la série : Vanessa, Anne-Charlotte et Christine. Oui, elles jouent, elles posent et elles chantent. Quelle polyvalence !
Alors certes, cette information ne te servira probablement jamais dans ta vie, mais que veux-tu, la culture est partout. Nul besoin de citer du Schopenhauer ou de connaître ce que signifie SPQR chez les romains. Parce qu'entre nous, il est fort probable qu'il y a plus de personnes capables de donner la signification de SPQR que de personnes connaissant le nom de la chanson de "Classe mannequin" et ses interprètes. Voilà comment briller en société.
Tu n'es pas obligé de me remercier, c'est cadeau !
Mais au-delà de la blague, ce générique pose déjà les bases de ce qui nous attend : une série qui mise tout sur l'apparence, à travers son casting alléchant, et donc très peu sur le reste.
Allez, on respire car ce n'est que le début des hostilités !
Une fois ce léger viol auditif terminé, nous entrons dans le vif du sujet. Nous nous retrouvons dans un appartement qui n'est autre que la colocation de Linda, Raphaël (interprété par Olivier Carreras) et Marion (Christine Lemler). Comme tout bonne femme qui se respecte, Marion fait du repassage...
Attends on se calme, c'est une boutade. Qui plus est, la série renverse les codes car Raphaël passe l'aspirateur pendant que Linda se la coule douce sur le canapé.
Linda, justement, n'est pas au top de sa forme. Elle boude car elle a eu une mauvaise note en photo.
Alors dit comme ça, tu te dis que ça va, il y a pire dans la vie. Elle aurait pu perdre un de ses parents, mais non elle chiale pour une mauvaise note la pimbêche. Je tiens tout de même à te rassurer, car le vrai problème, ce n'est pas la note, mais Marc, celui qui lui a infligé cet affront. Et là, tout s'éclaire : Linda est amoureuse.
Face à ça, Raphaël et Marion décident d'intervenir pour aider Linda. Et là, comment dire ? On sent tout de suite qu'on n'est pas face aux plus grands stratèges. Disons qu'en termes de finesse psychologique, ils se situent quelque part entre un horoscope de magazine et un coach en développement personnel sur LinkedIn.
Changement de dynamique avec l'arrivée d'un nouveau personnage : Juan, incarné par un tout jeune Laurent Lafitte. Oui, le même qui brille à la Comédie-Française et au cinéma. Mais à ce moment précis de sa carrière, il se retrouve à déclarer sa flamme dans une série de merde. Tu me diras, il faut bien commencer quelque part !

Laurent Lafitte, aka Juan, dans "Classe Mannequin" (de gauche à droite : Victoire, Marion et Juan).
Juan se confie à Marion : il est amoureux de Linda et il veut qu'elle le sache. Et comme tout homme profondément courageux dans les sitcoms des années 90, il demande à quelqu'un d'autre de le faire à sa place (franchement, qui ne l'a jamais fait ?). Il supplie donc Marion d'aller murmurer à l'oreille de Linda qu'elle est l'élue de son cœur. C'est-y pas mignon ?
Et là, bim. Raphaël débarque. Aspirateur rangé, cerveau en ébullition, il a trouvé LA solution au problème de Linda. Selon lui, si Linda ne va pas bien, ce n'est pas à cause de sa note, ni de Marc, ni d'un quelconque conflit intérieur. Non, c'est beaucoup plus simple que ça : elle manque d'amour ou plutôt de preuve d'amour. Voilà, le diagnostic est posé en trois secondes. Freud et ses confrères peuvent aller se rhabiller.
Et donc, accroche-toi bien, voici le plan absolument génial du bougre : faire croire à Linda que quelqu'un est amoureux d'elle, en lui envoyant une lettre anonyme. Et Marion est emballée par ce plan qui ne peut que bien tourner, n'est-ce pas bande de truffes ?
Parce que franchement, qu'est-ce qui pourrait mal se passer ? Je ne sais pas, au hasard :
- Linda découvre la supercherie.
- Elle réalise que ses amis la manipulent.
- Elle passe de "je suis triste" à "je ne peux faire confiance à personne".
- Après avoir cru qu'elle était aimée, elle se rend compte que personne ne l'aime. Et donc, elle se dit qu'elle ne trouvera jamais l'amour, elle perd espoir et un soir, alors qu'elle décide de prendre un bain, elle s'ouvre les veines.
Bravo les champions !
Donc non, c'est une idée de merde ! Enfin, si on s'arrête au bain c'est parfait. je peux me rendre disponible pour aller sauver Linda dans sa baignoire...
Nouvelle scène, nouveau décor.
Et là, sans aucune transition logique apparente, nous voilà propulsés dans une séance d'échauffement. Alors attention, ne me demande pas pour quel cours, ni même pourquoi. D'ailleurs, plus globalement, on est en droit de se demander que font ces gens dans la vie ? On est censé être dans une école de mannequin, mais pour l'instant, ça ressemble surtout à une garderie pour physiques avantageux.
Ici, Marion est donc entourée de figurantes en tenue de sport. C'est long, sans intérêt, si ce n'est insister un peu trop sur le corps de ces femmes. Et pour accompagner ce moment de grâce audiovisuelle, une musique de Julien Clerc.
Alors là, pause. Parce que Julien Clerc, c'est une histoire personnelle.
Je me souviens encore de ce jour. J'étais gamin, cloué à la maison par une gastro carabinée. Une journée déjà difficile, rythmée par des allers-retours stratégiques entre le canapé et les toilettes. Et là, dans un moment de faiblesse, je tombe sur ce clip de Julien Clerc :
Un clip et une chanson que depuis j'exècre :"Petits pois lardons".
D'une part, ça m'a donné envie de vomir ce qui était mon lot cette journée-là. D'autre part, pourquoi écrire une chanson qui s'intitule "Petits pois lardons" et surtout chanter une chanson entière sur des petits pois. Depuis ce jour, c'est simple : mon corps rejette Julien Clerc comme une mauvaise huître. Julien, je te déteste !
Bref. Revenons à notre épisode.
Juan débarque, fidèle à lui-même, toujours amoureux et surtout toujours incapable de gérer la situation seul. Marion, dans un éclair de génie comparable à celui de Raphaël précédemment, lui propose une solution : se mettre au karaté.
Pourquoi ? Eh bien parce que Linda en fait, bien évidemment. Si on suit sa logique, disons que la femme que je convoite est testeuse de godemichet sur Onlyfans, cela veut dire que je vais finir par m'enfiler des kilomètres de silicone dans le fion juste pour avoir une chance avec elle. On va où comme ça ?
Sur cette analogie tout en délicatesse, mais tentant néanmoins de prouver que la logique de Marion est tout bonnement nul à chier, poursuivons !
Juan s'en va et Linda arrive, quel timing !
Elle est rayonnante (comme toujours), transformée, comme habitée par une joie nouvelle.
Pourquoi ? Parce qu'elle a reçu la fameuse lettre d'amour. Elle s'empresse de la lire à sa copine.
La série nous introduit par la même occasion un nouveau personnage : Victoire. Et alors elle, pas besoin de suspense. Dès son entrée, tu sais ce qu'elle représente. Le regard, l'attitude... tout indique qu'elle est là pour semer la discorde. Serait-elle la némésis, l'antagoniste numéro un ? Celle qui ne va clairement pas inviter Linda à boire un smoothie après l'école ?

Raphaël et Victoire dans "Classe mannequin"
Dans la scène suivante, Linda et Raphaël discutent sur la fameuse lettre. Celle qui, rappelons-le, est censée réparer tous les problèmes émotionnels de Linda avec la subtilité d'un pansement sur une jambe de bois. Mais surtout, cette scène introduit un personnage clé : Marc, le professeur de photo.
On sent de suite une tension sexuelle entre lui et Linda. D'ailleurs le bougre en joue allègrement. Marc regarde Linda. Linda regarde Marc. Marc parle. Linda écoute... un peu trop attentivement. Bref, on est sur un échange pédagogique qui sent davantage le flirt que le cours magistral.
Alors oui, sur le papier, ils sont adultes, consentants, tout ce que tu veux. Mais qu'en est-il de cette barrière à ne pas franchir entre un professeur et son élève ? Et là, la série fait comme si de rien n'était. Comme si cette barrière n'existait pas. Comme si c'était parfaitement normal de saupoudrer un peu de séduction dans une relation pédagogique. Alors moi, je vais être très clair : c'est non ! On ne touche pas à Linda. Si elle n'est pas avec moi, je la préfère seule et déprimée !
Plus sérieusement, cette dynamique est intéressante, mais un peu glissante. Et quelque chose me dit que la scène suivante ne va pas arranger les choses.
Et effectivement, on y est. Linda se retrouve dans la labo photo en tête à tête avec Marc pour un cours de rattrapage. Marc lui explique pourquoi elle a eu une mauvaise note. Jusque-là, tout va bien. On est encore dans un semblant de cadre académique. Mais très vite, quelque chose cloche.
Linda répond qu'elle avait pourtant compris. Et là, son attitude bascule. Ses expressions corporelles et sa façon de s'exprimer sont alors en totale contradiction avec le personnage qu'elle est censée incarner, à savoir une jeune femme de 20 ans qui poursuit des études. On comprend qu'elle est intimidée devant son professeur. Cet homme, sûr de lui, impose un certain respect. Mais Linda agit comme une petite fille de 13 ans avec une gestuelle maladroite et une intonation quasi enfantine. Et c'est là que le malaise s'installe.
Parce que pendant que Linda régresse presque dans sa manière d'être, Marc, lui, continue de jouer sur la séduction : regard appuyé, proximité, assurance. Il impose une présence, une autorité, presque une domination implicite. Et le contraste entre les deux devient franchement dérangeant.
Alors, je comprends l'idée des scénaristes dans cette scène ou du moins j'ose imaginer ce qu'ils ont voulu dire : montrer l'emprise, l'influence, créer une tension émotionnelle et romantique. Ou alors, ils s'imaginaient simplement eux aussi à la place du mec de 40 ans en train d'aguicher la petite stagiaire. Bande de pervers !
Et même si leur idée était honorable, il n'en reste pas moins que c'est assez maladroit. Marc peut tout à fait montrer son influence sur Linda sans pour autant faire d'elle une petite chose perdue qui a besoin d'une figure paternelle. Je vais certainement trop loin dans mon analyse de cette scène, mais je la trouve très limite. Je pense qu'il n'y avait pas besoin d'aller aussi loin dans le délire petite fille pour qu'on comprenne tout l'enjeu sentimental qui se joue nos yeux.
De retour à l'appartement, Linda annonce à Marion qu'elle est persuadée que Marc est son admirateur secret. On dit que l'amour rend aveugle, on en a la preuve devant nous, ou alors Linda est sacrément limitée.
Mais la scène ne s'arrête pas là. Elle a aussi une autre mission, beaucoup plus terre-à-terre, celle de retenir l'attention du spectateur. Il y en a pour tous les goûts : Marion en petite culotte et Raphaël torse nu. Ils sont malins les scénaristes, ils savaient comment nous faire rester devant l'écran !
Je te passe rapidement la suite : Raphaël se transforme en coach sentimental pour Juan, pendant que Linda s'amuse à faire mariner ce pauvre garçon, complètement hypnotisé par elle.
La scène suivante fait avancer l'intrigue. Enfin, "avancer" est un bien grand mot.
Victoire confronte Raphaël car elle a découvert que c'est lui qui a envoyé la lettre à Linda. Il faut dire qu'il n'est pas très malin le gars. Il a utilisé le même papier, au demeurant très reconnaissable, pour écrire à Victoire, celle qu'il convoite, et à Linda. Le mec ne s'est même pas dit que ça pouvait poser problème. Quel crétin !
Victoire, loin d'être dupe, décide de s'amuser avec lui. Elle le fait tourner en bourrique, joue avec ses nerfs, mais laisse transparaître quelque chose d'intéressant : une pointe de jalousie. La série nous réserve-t-elle une rivalité de tous les Diables entre Linda et Victoire ? On sent venir le classique affrontement, pas forcément subtil et pas forcément bien écrit, mais efficace dans son principe : la gentille contre la peste.
Jean-Clément : "Ah ouais un combat dans la boue entre les deux : string et miches à l'air. J'me rappelais pas de la Victoire, mais elle est plutôt bonne. Bon, on est loin de Linda avec ses énormes..."
Facultés intellectuelles ! Oui, voilà, ses énormes facultés intellectuelles. Pfiou on est passé à deux doigts du dérapage. Pourtant je savais que j'étais sur un terrain glissant. Une série avec Vanessa Demouy, Jean-Clément ne pouvait qu'intervenir avec toujours ses petites phrases bien senties et d'une légèreté absolue.
Pendant ce temps, dans "Classe mannequin", Victoire file retrouver Linda pour lui révéler la vérité.
Linda est très déçue. Elle comprend que Raphaël s'est moquée d'elle, et surtout que Marc n'est pas à l'initiative de cette lettre d'amour.
Quelques secondes après, Marion arrive et Linda plonge dans ses bras pour se réconforter. Je ne vais pas te mentir je cherche encore l'intensité dans cette scène. Surtout, que je ne sais pas pourquoi, mais les monteurs ont décidé de mettre des rires enregistrés pile à l'arrivée de Marion. Je pense qu'on était pourtant dans une scène avec de l'émotion et de la tristesse.
Du coup, j'ai bloqué. On est censé ressentir quoi exactement ? De l'empathie ? De la gêne ? L'envie de rire ? Pleurer en rigolant ? Rigoler en pleurant ? La scène ne sait pas sur quel pied danser. Et nous non plus ! Mais finalement on s'en fout car l'épisode commence à être assez long comme ça pour qu'on commence à se passionner pour toute cette histoire.
La scène se conclut avec une Linda qui demande à Marion si Raphaël pensait vraiment ce qu'il a écrit dans la lettre. Est-il amoureux d'elle en d'autres termes ? Décidément Linda, tu es très belle, objectivement...

Vanessa Demouy... my love !
... mais tu es vraiment stupide, sincèrement ! Je n'aime pas l'adage "sois belle et tais-toi", malheureusement Linda ce sera ton épitaphe.
Ou alors je suis trop méchant et pas assez fleur bleue. À toi de choisir ton camp...
Pendant ce temps-là, Juan a pris la décision de confronter Raphaël pour lui casser la gueule. Alors attention, on n'est pas du tout sur une scène d'action mémorable à la Van Damme. Juan ne sait pas se battre, mais alors pas du tout !
Franchement, à ce stade, il aurait totalement sa place dans le combat mythique de "Hélène et les garçons". Tu sais, cet affrontement où personne ne se touche vraiment, mais où tout le monde fait semblant d'y croire très fort.
Et c'est précisément à ce moment-là que Linda débarque, pour elle aussi régler ses comptes avec son colocataire. Mais surprise, au lieu de sombrer dans le drama et les cris, elle fait preuve de maturité… Improbable ! En substance, elle explique calmement à Raphaël que ses choix sentimentaux lui appartiennent. Qu'elle est suffisamment grande pour gérer ses histoires. Et qu'en gros, il a dépassé les bornes. Alors forcément, ça surprend. Parce que jusque-là, Linda oscillait entre naïveté touchante et crédulité inquiétante. Non Linda, la Terre n'est pas plate !
La scène se termine avec Linda qui embarque Juan pour une séance de karaté. Officiellement pour se défouler. Officieusement, pour continuer à faire avancer cette intrigue amoureuse qui part déjà dans tous les sens.
L'épisode se termine là où tout a commencé : à la colocation.
Raphaël, rongé par la culpabilité, ou par la peur de se prendre un mawashi-geri dans tronche, décide de se faire pardonner. Et pour ça, il sort le grand jeu en préparant un "festin" pour les filles. Enfin... un "festin", c'est un bien grand mot. En réalité, on a des assiettes de légumes crus coupés en morceaux. Vois le chef cuisinier !
Mais bon, rappelons-le : on est dans une école de mannequins. Ici, manger est une activité à proscrire.
Sur ces festivités, Juan débarque en sale état après s'être pris une belle déculottée par Linda. Il entre, titube, vacille et tel un Framboisier et sa Françoise, il tombe sur le canapé avec Linda. Résultat, il se casse une dent.
On termine donc l'épisode sur un mec amoureux, humilié, physiquement diminué et probablement toujours persuadé qu'il a une chance.
Générique de fin.
En voilà une fin bien nulle qui laisse tout de même en suspens une quantité assez impressionnante de questions existentielles :
- Marc succombera-t-il au charme de son étudiante ou finira-t-il par se souvenir qu'il est censé être un adulte responsable ? En d'autres termes pensera-t-il avec sa bite ?
- Juan sera-t-il le souffre douleur de toute la bande tout au long de la série ?
- Linda tombera-t-elle amoureuse de Juan ou finira-t-elle au fond du J9 de ce dernier, avec un bâillon sur la bouche ?
- Et surtout, Vanessa Demouy savait-elle que j'existais et que j'étais profondément amoureux d'elle en 1993 ?
Autant de mystères qui resteront probablement sans réponse. Parce que oui, tu t'en doutes déjà : la suite de "Classe mannequin" se fera sans moi.
Alors, ça valait le coup de revoir le premier épisode de "Classe mannequin" ?
Après la pause salvatrice qu'a été de revoir le premier épisode de "Highlander", il était temps de replonger dans l'univers des sitcoms françaises des années 90. Plutôt que de m'infliger une nouvelle production estampillée AB Productions et de mourir intérieurement tellement la médiocrité est latente, j'ai opté pour une autre forme de curiosité télévisuelle : "Classe mannequin".
Alors quelque chose de pas bien plus intelligent, ne nous leurrons pas, mais de plus agréable à regarder. Tu l'as compris tout au long de cet article, ce choix n'était pas anodin.
"Classe mannequin" m'a laissé un souvenir indélébile. Un souvenir qui remonte à mon adolescence mélangeant à la fois nostalgie, plaisir coupable et fantasme. À cette période de pleine découverte du sexe opposé, cette série était la bienvenue. Car oui, j'ai regardé "Classe mannequin" non pas pour le scénario et encore moins pour le jeu des acteurs et actrices (qui à leur décharge suivaient les directives de la production), mais bien pour la belle Vanessa Demouy.
Par conséquent, replonger dans la série n'a pas été une contrainte. J'y suis même allé avec un certain entrain. Alors détends-toi, je ne sautais pas non plus comme un cabri dans un champ. J'étais simplement curieux de revoir cet épisode et surtout d'apprécier le joli minois de Linda.
Bon, cet entrain a duré 2 minutes. Une fois le générique et les premiers dialogues passés, j'ai déchanté. Alors oui, Vanessa Demouy reste charmante et 30 ans plus tard, elle continue de capter l'attention sans effort. Difficile de rester totalement indifférent. Qui pourrait rester de marbre devant une aussi belle femme d'ailleurs ? Hein qui ?

Bon dans tous les cas, elle est à moi, donc pas de sujet, passe ton chemin !
Mais soyons sérieux deux minutes : à 40 ans passés, passer des heures à regarder une fiction pour le physique d'une comédienne, on a mieux à faire. Franchement, je m'attendais à quoi en fait. Je suis vraiment trop con !
Les points positifs du premier épisode de "Classe mannequin"
Ne tournons pas autour du pot, le seul véritable intérêt de ce premier épisode tient en un nom, et tu le connais déjà : Vanessa Demouy.
Et si j'arrête deux secondes cette fixette malsaine, l'intérêt de la série résidait simplement dans le culte du corps. Ainsi faire rêver de jeunes ados en mettant en scène de beaux acteurs et belles actrices tout en parlant de relations intimes et autres intrigues secondaires qui servent surtout de prétexte. De ce point de vue là, le contrat est rempli.
C'est vide, oui, mais ce n'est pas désagréable visuellement.
Les points négatifs du premier épisode de "Classe mannequin"
Il y en a beaucoup trop. Je t'en ai choisi trois. Le troisième est lié au deuxième, ce qui témoigne du gros problème de la série :
- Un jeu d'acteur souvent approximatif : l'interprétation n'est pas naturelle et sent le surjeu à chaque instant. Dans ce genre de fiction, ce constat est sans appel. On le sait, ce sera mal joué.
- Un public mal ciblé et une écriture incohérente : la série veut faire fantasmer les jeunes ados, pourquoi pas. Mais dans ce cas ne pas prends des étudiants adultes qui agissent comme des ados. On se retrouve dans un entre-deux étrange, où les personnages semblent bloqués dans une boucle de maturité inachevée. N'étant pas psychologue, je ne sais pas s'il s'agit de la bonne pathologie, mais on a l'impression qu'ils sont quasiment tous atteint du syndrome de Peter Pan. Ils se comportent comme des ados alors qu'ils devraient gérer leur vie comme des adultes. Linda en est le parfait exemple. Le tout donne des scènes à la limite gênantes, notamment celles avec le prof.
- Des thématiques survolées : toujours en lien avec ce deuxième point, on se retrouve avec une série qui n'ose pas aborder les bons sujets ou du moins elle les traite de manière trop enfantine. L'amour, l'amitié, la colocation, les relations intimes, etc. autant de sujets que la série effleure sans jamais être réellement traités.
Et au fond, c'est peut-être là le vrai problème : on reste dans une fiction qui n'ose jamais aller au bout de ses idées. On aimerait parfois un peu plus de franchise narrative ou au minimum une scène où quelqu'un assume enfin ce que tout le monde pense déjà.
Allez, disons-le franchement : ce qu'on voulait, c'est voir Marc attraper Linda nue dans la labo photo. Ah bordel ça manque d'action ! Allez, je vais me rabattre sur la saison 3 d'"Euphoria" pour la peine... ou pas !
Pour conclure, je n'ai pas passé un si mauvais moment devant ce premier épisode. Ça m'a rappelé des souvenirs. C'était rigolo de retrouver cette bande d'amis et bien entendu de revoir la délicieuse Linda et puis c'est tout !
Pour le reste, "Classe mannequin" reste une série creuse, inutile, sans âme et sans réelle volonté d'en faire une fiction qui a quelque chose à raconter. Elle se repose essentiellement sur son casting et son esthétique.
Là où une série comme "Salut les Musclés" était stupide et écrite avec le cul, mais drôle dans son absurdité, ici, l'ennui prend souvent le dessus.
Donc, si tu as un souvenir lié à "Classe mannequin", quel qu'il soit, garde-le enfouit au plus profond de toi, ne tente jamais de revoir la série.
Je te donne rendez-vous très prochainement pour un nouvel article. D'ici-là, profite de la vie, méfie-toi de moi surtout si tu as des vues sur Vanessa Demouy car je vais te briser les genoux et... bisous.